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Haro sur les libertés
Une dérive indigne
Régulièrement, en période électorale, la question de l’immigration et notamment des « sans papiers » fait l’objet d’une surexposition médiatique et d’une exploitation politique qui alimente tous les phantasmes. Après les expulsions à grand spectacle de jeunes scolarisés cet été, les interventions policières de cet hiver aux abords des Restos du cœur, ce sont ces dernières semaines les arrestations à la porte des écoles qui se multiplient, à coups de gaz lacrymogènes parfois, avec des conséquences toujours sur tous les enfants. Heureusement il y aussi des réactions.
On ne devient pas « sans-papiers » comme le font des auteurs de délit pour échapper à la police, mais le plus souvent en entrant en France comme réfugié, comme touriste ou comme étudiant, et en y restant. Pour y subsister, il faut bien travailler et se loger, et c’est possible à condition de ne pas être trop regardant sur les conditions. Il ne manque pas d’employeurs qui cherchent de la main d’œuvre sans en trouver, ou qui en profitent. Il y a de quoi faire : travail saisonnier dans l’agriculture, travail au noir dans le bâtiment ou la confection, journées à rallonge dans la restauration. Tous ces emplois ne sont pas clandestins, il est fréquent que les salariés cotisent, mais sans acquérir de droit autre que la couverture maladie. S’ils sont clandestins, comme ceux de la blanchisserie MODELUX, c’est le patron qui en profite, le logeur aussi, les salariés sont victimes.
Il faut être dans le déni de la réalité pour imaginer que pourrir encore plus la vie de ceux qui sont ici, freinera ceux qui veulent fuir la misère de leur pays d’origine, dont certains sont prêts à s’entasser à 50 sur une mauvaise barque, sans vivres, pour franchir l’océan, au péril de leur vie. Il faut être oublieux aussi de ce qu’a apporté à notre pays la colonisation, et des liens que cette histoire commune a tissés avec les pays d’origine de nombreux migrants. Il faut être prêt enfin à se renier soi-même, tant la France a été de tous temps un creuset où se sont fondus des générations successives d’immigrés.
La France accueille en vérité moins d’étrangers que beaucoup d’autres pays d’Europe, ou que les Etats-Unis. Mais ici, une fois devenu « sans papiers », la multiplication de lois de plus en plus restrictives rend désormais la régularisation très difficile, même quand on est très bien intégré, même après avoir fondé une famille, même avec des enfants qui sont ou seront français. On peut ainsi être reconnu non expulsable sans pour autant pouvoir obtenir une carte de séjour, et donc être condamné à l’irrégularité sans avoir commis aucune faute.
A Montfort sur Meu en Ille et Vilaine, l’arrestation de 23 maliens, installés depuis au moins 5 ans, tous salariés dans l’agroalimentaire, menacés d’expulsion a suscité l’indignation. Le premier expulsé (quelques heures ont suffi pour exécuter une décision prise de manière expéditive) est futur père. Peut-on appeler décision de justice une mesure qui prive sa compagne bretonne d’un soutien pour élever cet enfant ? La réaction de la population (6500 habitants) a été unanime, de l’employeur au curé et au maire, en passant par les enseignants, les lycéens, les commerçants, les éducateurs sportifs, les voisins etc. Une manifestation a réuni plus de 1500 personnes, de quoi nous faire tous réfléchir.
Le silence, l’indifférence, ne sont plus de mise. Il n’est pas possible de renier à ce point les engagements internationaux de la France à l’égard du droit d’asile et de la protection de l’enfance, de poursuivre cette chasse indigne à l’étranger, contraire à nos valeurs républicaines, à nos valeurs CFDT.
