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Conseil National CFDT février 2005
Intervention FGTE
Le grand succès de la journée du 5 février confirme et amplifie celui des mobilisations que nous avons connues depuis ce début d’année.
Le 19 janvier, c’est plus de 40 % de grévistes qui ont répondu à l’appel de tous les syndicats de la SNCF, le jour même où la direction présentait au CA un budget prévoyant la suppression de plus de 3600 emplois. Les 400 emplois récupérés en Ile de France, grâce à la mobilisation ne font pas le compte au regard de la dégradation programmée.
Le 20 janvier, les fonctionnaires de notre champ professionnel se sont également mobilisés à un niveau important de plus de 32 % de grévistes pour le ministère de l’Equipement où toutes les catégories se sont mobilisées montrant l’importance du malaise de la fonction publique, amplifié dans ce ministère par une décentralisation qui va entraîner, outre un transfert d'un tiers du personnel vers les départements, une profonde réorganisation des services restants avec la mobilité professionnelle et géographique à la clé. Pour les personnels transférés comme pour ceux qui restent, l’absence de concertation, le mépris affiché par ce gouvernement contre le service public et la fonction publique crée les conditions d’un malaise profond.
A l’aviation civile, les aiguilleurs du ciel, pourtant soumis à des contraintes de service minimum se sont mis en grève entraînant la fermeture totale de certains postes de contrôles, dans le Finistère et en Aquitaine notamment.
Le mécontentement explique aussi pour une part l’ampleur de la réaction des contrôleurs SNCF suite au viol d’une de leur collègue de Midi Pyrénées. La réaction, justifiée devant l’acte odieux, est d’autant plus vive que les inquiétudes sont plus grandes sur les conditions de travail et le manque de considération de plus en plus pesant. Là encore, l'ajustement par la suppression d'emploi montre ses limites.
Dans le secteur privé aussi ce sentiment se développe.
Du 22 au 25 janvier, les marins ont répondu nombreux à l’appel à la grève intersyndical contre la volonté du gouvernement d’intégrer en force de plus en plus de complaisance au sein du pavillon français. Le RIF (registre international Français) devait dans sa première version n’intégrer que deux marins français sur un équipage de marine marchand de plus d’une vingtaine de matelot. Après un premier report du projet de loi devant la mobilisation des marins, des concertations se sont déroulées avec les armateurs, elles sont actuellement dans l’impasse. Les syndicats demandent une garantie de 35 % de marins français sur l’effectif réel du navire, au mieux les armateurs ne l’acceptent que sur l’effectif de sécurité. Concrètement au lieu 7 marins en moyenne les armateurs en acceptent 4 ou 5 par navire. Là encore le gouvernement veut imposer de force son point de vue. Il a voulu réinscrire son projet de RIF. Après la grève fin janvier, le projet de loi a été à nouveau repoussé. La mobilisation et la vigilance continuent.
C’est la même absence de considération qui a prévalu dans le transport routier ou le gouvernement à imposé par décret le point de vue patronal, profitant de la transposition d’une directive européenne sur le temps de travail des conducteurs qui pourtant améliore les conditions de concurrence, pour allonger le temps de travail sans augmenter le salaire, en supprimant des repos. C’est le même ministre qui communique sur la sécurité routière et qui feint d’ignorer que nombre de conducteurs à la retraite et non déclarés conduisent occasionnellement des enfants dans les autocars.
Un recours au conseil d’état a été déposé contre le décret de recul du social et de la sécurité dans la route, par la CFDT, FO, la CFTC, la FNCR. La CGT n’a pas souhaité s’associer à cette action.
Dans le transport sanitaire, l'accord de branche 35 heures que nous avons signé en 2000 a déjà produit 25 % d'emplois supplémentaires.
Dans le transport urbain, alors que les négociations sur la prévention et la prévisibilité des conflits ont été engagées à la demande du ministre, l’UTP, l’organisation patronale des transports urbain, manifeste un empressement très mesuré pour négocier, préférant sans nul doute une loi qui lui permettra de s’abstenir de donner les moyens nécessaires à l’exercice du dialogue social que demande la CFDT.
Les salariés du transport aériens négocient une nouvelle convention collective permettant de reprendre les éléments du statut d’Air France ce qui n’est pas sans soulever des difficultés importantes en particulier pour le départ en retraite des Personnels navigants commerciaux.
D’autre part les conditions sociales du rapprochement Air France KLM sont l’objet de négociations difficiles, et l’organisation des futurs CE a fait l’objet d’une décision défavorable de l’inspection du travail qui a tranché en faveur de la direction et de certains syndicats de pilotes de lignes en imposant le passage de 20 CE régionaux à 8 CE par activité.
Le mécontentement, qui se manifeste dans le succès des mobilisations de ce début d’année, est nourri d’inquiétudes multiples. Le refus du gouvernement d’entendre les salariés nous impose de rechercher, de façon intersyndicale un prolongement à la journée du 5 février.
Il faut continuer à défendre les 35 Heures, les étendre à toutes les entreprise et ne pas laisser passer sans réaction le rapt du Lundi de la Pentecôte. Faute d’un développement en terme d’action syndicale, le mécontentement risque de se traduire par un vote de défiance lors du référendum sur la constitution européenne.
Dans ce contexte tout particulièrement, la décision de soutien à la constitution de la CFDT, ne saurait s’exonérer d’un large débat dans toutes les structures, et surtout d’un examen des enjeux sous toutes ses facettes. Il faut en particulier démarquer notre position syndicale en faveur de la construction politique, économique et sociale de l’Europe, de la conception libérale d’une zone de libre échange qui va à l’encontre de cet objectif.
Le Bureau Fédéral de la FGTE CFDT, qui a mené ce débat vient d’adopter une position qui ne met pas en avant une consigne de vote mais une démarche de compréhension des enjeux de la construction européenne, et d’action pour faire avancer l’Europe sociale.
L'euromanifestation du 19 mars doit être un temps fort de mobilisation. Nous pensons qu’il nous faut nous emparer en particulier de la proposition de critères de convergences sociaux établis par un collectif de personnalités de Jacques Delors à José Bové, pour un vrai traité pour l’Europe sociale, pour contrebalancer le parti pris financier des critères de convergences établi par le traité de Maastricht.
Nous nous félicitons que sur la Directive Bolkenstein la commission revoit sa copie, mais nous regrettons que la confédération ne soit pas intervenue plus fortement pour dénoncer le risque de dumping social en particulier du fait du principe du pays d’origine. Pour notre part nous avons alerté, et participé avec la fédération européenne des transports, ETF, à la mobilisation sur les risques de cette directive. Ce n’est pas parce que la commission recule que nous devons baisser la garde. En décembre 2003, Le parlement Européen rejetait le projet de directive portuaire, l’élargissement des pouvoirs du parlement c’est utile, mais il n’a pas fallu un an à Loyola de Palacio pour en refaire une nouvelle mouture avec la même philosophie. Pour la directive services, restons donc vigilants.
Pour 2005, nous serons confrontés aux effets de la réforme de l’assurance maladie, qui est devenue avec la signature de la convention médicale entre le Directeur Général de l’UNCAM et trois syndicats médicaux, une affaire de et pour les spécialistes, qui remet en cause une à une les avancées réalisées et sanctionne uniquement le patient, au bénéfice des spécialistes, qui voient réalisés leur désir de Médecine à deux vitesses. Le syndicat de dentiste qui a un temps préconisé à ses adhérents la mise en attentes des soins des bénéficiaires de la CMU, nous en offre un exemple caricatural.
2005 sera aussi l’année d’un renouvellement de la convention UNEDIC. C’est un déficit de plus de 10 milliards d’euros, des chômeurs dont les droits ont été réduits de plus en plus, un Medef qui ne veut pas augmenter les cotisations, des salariés qui supportent de plus en plus mal de supporter les frais d’une politique inspirée directement par le Medef, une situation de l’emploi qui plombe le régime, des pouvoirs publics qui refusent de financer alors que la montée du chômage symbolise l’échec de la politique gouvernementale. Nous n’avons pas à résoudre la quadrature du cercle. Il nous faudra apporter une réponse syndicale, dans le respect de l’intérêt général des salariés et des chômeurs.
