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Haro sur les chômeurs
Deux français sur trois souhaiteraient réduire les allocations chômage, selon le journal « Les échos ». Une sur deux s’opposerait à l’idée que tous les chômeurs devraient être indemnisés.
S’appuyant sur de tels sondages, l’idée qu’il n’y aurait pas de problème d’emploi, mais surtout des problèmes de motivation est mise en avant. Il n’y aurait donc qu’à manier plus fermement la carotte et le bâton pour résorber un taux de chômage nettement supérieur à celui des pays comparables.
Que de contre-vérités en quelques phrases ! Le chômage est d’abord un chômage de masse : entre 6 et 7 millions de salariés connaissent chaque année des périodes où il sont à la recherche d’un emploi. On compte en permanence 4 millions de demandeurs d’emplois pour moins de 400 000 postes de travail disponibles. Cherchez l’erreur !
Une autre réalité à ne pas oublier est que le chômage qui dure, dont on ne sort que par périodes et en acceptant des conditions sociales dégradées est en France concentré sur certaines catégories de salariés. Le raisonnement « puisque je m’en suis sorti, les autres n’ont qu’à en faire autant » a ses limites.
Il est évidemment utile de chercher à faciliter un retour rapide à l’emploi, pour les personnes qui ont un savoir-faire, une expérience à préserver et valoriser. Mais si faute d’emplois créés en nombre suffisant il ne s’agit que d’un jeu de chaises musicales, d’aller-retours de l’emploi précaire au chômage, c’est la désespérance qui est au bout.
Les jeunes sans qualification, les travailleurs de plus de 50 ans, les bassins d’emplois en ruines, les ouvriers dont l’expérience professionnelle est dépassée sont en proie plus que les autres à un chômage récurrent ou de longue durée. Parmi ces victimes désignées, on compte beaucoup de femmes ayant charge d’enfants, moins mobiles, moins disponibles, contraintes de ce fait à accepter des temps partiels ou des emplois précaires.
« La société, comme les chômeurs, a intérêt à ce que le retour à l’emploi se fasse non pas le plus vite possible, mais le mieux possible », écrit Denis Clerc dans le journal « Alternatives économiques ». Trouver un emploi correspondant à ce que l’on sait faire prend forcément du temps, peut demander une formation … Se précipiter sur le premier emploi venu par peur d’être sanctionné n’est une garantie pour personne, pas même l’employeur.
Il ne faudrait enfin pas oublier que 40 % des demandeurs d’emploi ne sont indemnisés ni par l’assurance-chômage (l’UNEDIC) ni par le régime de solidarité, dans les 2/3 des cas parce qu’ils n’ont pas cotisé assez longtemps. Parmi ceux qui sont indemnisés, 60 % perçoivent moins de 850 euros par mois, 20 % moins de 450 euros. On est loin d’un régime de faveur.
Le patronat, qui revendique pour obtenir une baisse du coût du travail sa responsabilité dans la création d’emplois, ne veut pas en assumer les conséquences quand il s’agit de suppressions. Le Gouvernement, plutôt que de reconnaître l’échec sur le plan de l’emploi de la politique de baisse du coût du travail, cherche à réduire la participation de l’Etat aux dépenses d’indemnisation du chômage. En matière de chômage, il y a sans doute comme partout quelques fraudeurs, mais ils ne doivent pas servir d’alibi.
(octobre 2005)
