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Mal logés : plus d'excuses
Mal logés, ils l’étaient tous. Ils ont péri dans l’incendie de leur logement.
Ils sont d’origine africaine. Tout le monde pourrait croire que la politique du logement social n’est pas en cause, qu’il s’agit d’hébergements de fortune. Le Gouvernement a saisi l’opportunité : très vite leurs familles, leurs voisins, leurs semblables sont pris en otage.
Le ministre de l’Intérieur a une solution pour eux, pour résoudre les problèmes d’insalubrité. Il n’y a qu’à les expulser sans délai, sans se préoccuper de les reloger. C’est de toute façon très difficile dans la région, le maire de Neuilly n’est pas seul à ne pas vouloir de logements sociaux. Le jour de la rentrée des classes, ces gamins n’apprendront pas à chanter la Marseillaise, mais feront connaissance d’abord avec les forces de l’ordre, un ordre très peu républicain qui s’en prend aux victimes.
Et si les familles n’ont pas été prévenues, les caméras, elles, sont bien là, rue de la Fraternité (ça ne s’invente pas !) pour montrer aux électeurs du Front National que leur message du 21 avril a été entendu.
Le premier ministre ne joue pas dans le même registre. Il trouve que la Ville de Paris n’en fait pas assez et pour en sortir propose des terrains de l’Etat (au prix du marché ?) à condition que le maire s’engage à construire des logement … intermédiaires, pour les classes un peu plus que moyennes, et de logements étudiants !
Des HLM, pense-t-il sans doute, il y a des banlieues pour ça, et puis il n’en faut pas trop. D’ailleurs, dans les ordonnances parues cet été, les entreprises de moins de 20 salariés viennent d’être exemptées du « 1 % logement », tant pis pour leurs salariés.
Dans les grandes métropoles, l’accès au logement est de plus en plus difficile. Il manque 900 000 logements sociaux. Pourtant, la loi SRU, en vigueur depuis 2000,oblige les communes de plus de 15000 habitants à compter un minimum de 20 % de logements sociaux. Sur 500 communes visées, la moitié n’ont strictement rien fait, plus encore en Ile de France, tant les pénalités sont faibles (1500 euros par logement manquant !).
Les ¾ des logements construits en France ne sont accessibles qu’au quart le plus aisé de la population. Ce n’est pas l’augmentation de 1,8 % de l’APL – après 2 ans de blocage et au moment où les loyers augmentent de plus de 4 % - qui va amener des solutions. Ni l’extension du prêt à taux zéros aux revenus jusqu’à 7000 euros mensuels.
Ce festival de démagogie, de mépris affiché pour ceux qui n’ont rien ou pas grand chose, cette fuite indigne devant la responsabilité de l’Etat et la nécessité de se donner les moyens de lever les blocages est révoltant.
Ce n’est pas seulement d’hébergements d’urgence qu’il s’agit, mais de crise profonde du logement social. Pour plus de 4 millions de mal-logés, les solutions de fond passent par l’augmentation de la part des logements sociaux dans tous les programmes de construction, et une politique foncière volontariste financée par une augmentation des pénalités.
Il faut que le droit au logement devienne opposable aux tiers, même s’il faut pour cela ouvrir quelques brèches dans le droit de propriété ou les pouvoirs des maires. Et une action publique pour contenir les loyers et garantir le niveau des aides est bien plus nécessaire que des avantages fiscaux à destination des ménages aisés.
Liberté, égalité, fraternité, ces idéaux qui sont notre boussole sont décidément bien malmenés.
(novembre 2005)
