Projet de fusion entre SUEZ et GAZ de France
De l'eau dans le gaz ?
Le projet d’OPA de l’entreprise italienne ENEL sur SUEZ (ex-Lyonnaise des Eaux) a contraint le Gouvernement à révéler le projet de fusion entre SUEZ et Gaz de France. Celui-ci serait le symbole d’une politique volontariste visant à préserver les intérêts français, et notamment l’emploi en France et le statut des salariés. C’est surtout sur ce plan un beau roman qui ne séduira que ceux qui ont la mémoire courte.
Ce qui ressort en premier, c’est que l’encre des promesses de ne pas privatiser Gaz de France faites notamment par le ministre de l’économie de l’époque, Nicolas SARKOZY, n’a pas eu le temps de sécher que déjà le Gouvernement travaillait sur ce projet de fusion qui fait tomber la participation de l’Etat sous les 50 %. L’aveu que le Gouvernement, à peine votée la loi qui prévoyait que la participation publique ne devait pas descendre à moins de 70 % du capital de GDF, préparait autre chose, est à méditer.
C’est SUEZ qui prend le pouvoir dans le nouvel ensemble, mais GDF qui apporte les capitaux : une vocation surprenante pour ce qui était il y a peu un service public. La politique tarifaire pour la fourniture d’énergie aux particuliers va-t-elle résister à ce changement de cap ? Souvenons-nous que le Gouvernement avait dû freiner les hausses souhaitées par Gaz de France pour ne pas peser trop lourd dans le budget des ménages, qui voient le pouvoir d’achat des salaires stagner et les dépenses essentielles, comme le logement, flamber. Qu’en sera-t-il demain ?
Et pour ce qui est de la manière dont de grandes entreprises « françaises » défendent l’emploi en France, il ne faut rien exagérer. ARCELOR, groupe sidérurgique cible d’une Offre Publique d’Achat de MITTAL STEEL, n’a rien trouvé de mieux comme parade que de promettre à ses actionnaires de leur distribuer 15 milliards d’euros de dividendes sur les 3 ans à venir, pour qu’ils ne cèdent pas leurs actions. Comment croyez-vous que l’entreprise va s’y prendre ? Qui pourra s’étonner de voir les restructurations s’accélérer et les suppressions d’emplois se multiplier. Ici ou ailleurs.
La logique de ce capitalisme à dominante financière fait bon marché des conséquences sociales de ses petites et grandes manœuvres. Ce ne sont pas les boniments qui vont changer cette réalité. Pour les salariés concernés, la stratégie d’entreprise derrière tel ou tel projet et les garanties sociales qu’elle offre sont évidemment des paramètres importants. Mais il est vrai aussi que reprendre le contrôle du système demande de pouvoir disposer de moyens de pression à une autre échelle, sur la stratégie des groupes, sur les politiques publiques à tous les niveaux (français, européen, mondial…) … et sur la circulation des capitaux.
