Débat : Le modèle allemand est-il soluble dans l’Europe libérale ?
Débat : Le modèle allemand est-il soluble dans l’Europe libérale ?
Le 15 mars dernier, Christine Lagarde critiquait la politique économique allemande, considérant que le modèle allemand n’était pas durable à cause de la faiblesse de son marché intérieur. Constat partagé lors du colloque organisé à Paris par Lasaire et la Friedrich- Ebert-Stiftung (FES) le 8 avril dernier. Jean Cyril Spinetta président de Lasaire indiquait d’ailleurs, dans sa conclusion, que si des patrons français ne partageaient pas le propos de Christine Lagarde, d’autres considéraient qu’au-delà de la forme cette réaction était utile sur le fond.
Il y a bien un modèle " rhénan ", affirmait admiratif Robert Boyer, constatant une lente maturation de plus d’un siècle résistant aux aléas de l’histoire, et des tendances économiques. Une affirmation industrielle ciblée, et basée sur la qualité, une politique de formation duale, théorique et pratique, une gestion des entreprises imprégnée depuis le début du siècle de la perception de " l’intérêt commun productif ", contribue a maintenir une part significative de l’industrie dans l’économie, alors que la Grande Bretagne ou la France ont laissé décliner leur industrie au profit de la finance ou des services.
" Admiration excessive " diront, tour à tour, Ernst Hillebrand, Directeur du bureau parisien de la FES, et Klaus Mehrens chargé de Recherche au Global Policy Institute de Londres, issu d’IG Metall, le Syndicat de la Métallurgie. Le modèle est fragilisé et sa mutation n’est pas assurée. Thomas Van der Vring de l’université de Brème explique que l’impact de la réunification n’est toujours pas absorbé, et confirme que le marché intérieur est atone, les salaires ne suivent pas la productivité, leur part relative a baissé de 8 % entre 2000 et 2007, la précarité se développe, 26 % de travailleurs disposent de faibles revenus, la contribution de l’Etat à l’économie sous le gouvernement de Gerhard Schröder est passé de 23 % à 20 %, la part consacrée aux formations diminue. C’est la croissance du commerce extérieur de 70 % qui explique la croissance de l’économie, et 75 % de ces exportations vont en Europe.
Le modèle social et le syndicalisme sont confrontés à des défis importants. Wolfgang Schroeder secrétaire d’Etat au travail du land de Brandebourg et Udo Rehfeldt de l’IRES souligne qu’une part grandissante de salariés est exclue des accords de branches ou d’entreprises. Certaines entreprises choisissent de s’exclure des négociations de branches à caractère normatif. Mais il n’existe pas, comme en France, de procédure d’extension permettant de couvrir tous les salariés d’un secteur. Les salariés sont amenés à des compromis salariaux par peur de perdre un emploi synonyme de statut social. Le nombre des travailleurs non couverts par les accords d’entreprises progresse, ce qui amène les syndicats à redéfinir leur stratégie et à s’implanter chez ces salariés plus précarisés. Les syndicats ne sont pas non plus convertis à la nécessité de l’abstinence salariale.
Martin Bechmann cite l’exemple de Ver.di, le syndicat des services, qui a été amené à revendiquer une intervention plus grande des politiques et qui a popularisé la revendication d’un SMIC, dans certains secteurs peu couverts par les conventions collectives. Beaucoup de nos problèmes sont du même type même s’ils n’apparaissent pas en même temps.La solution ne peut venir que de la coopération syndicale Européenne a souligné Philippe Potier, Secrétaire national de la FGMM-CFDT, qui mentionne le travail franco-allemand réalisé dans la Métallurgie, il préconise aussi une réflexion sur la finalité de la croissance et sur la durabilité des emplois à l’échelle européenne. Faute de quoi la crise risque d’aboutir a plus de précarité indique Raymonde Poncet, économiste CGT au CCE de Renault Truck, devenu partie intégrante du groupe Volvo qui prévoit un taux de rentabilité supérieur à 7 %. L’intérêt de l’actionnaire prime sur le projet industriel.
La clé c’est l’Europe ont conclu Roger Briesch et Pierre Héritier pour Lasaire. Les débats montrent l’interdépendance des économies. Il n’y a pas un seul modèle généralisable, il faut tenir compte de spécificités des économies, mais sans une coordination des politiques économiques, pas de relance possible. Si tous les pays pratiquent en même temps la compression salariale, ce sera au détriment du marché intérieur et de la croissance. Il faut retrouver les marges politiques dont le fonctionnement de la zone Euro nous ont privé. Mais ce sera l’objet de la suite du séminaire en septembre.
