23 mai 2012
Fédération Générale des Transports et de l'Equipement

Congrès confédéral: Intervention d’André Milan

Fédération

Congrès confédéral

Intervention d’André Milan Secrétaire général de la FGTE-CFDT

Bonjour à toutes et à tous, Il est vain de croire que le monde avance par des changements graduels. Le monde avance par des crises. Autour de nous alors que se déroule ce congrès, nous vivons une crise systémique, la crise de la mondialisation libérale. Mais les crises ne tombent pas du ciel, celle que nous vivons découle tout droit des réponses mondiales trouvées à la crise de 1974 avec le 1er choc pétrolier.

Face à l’essoufflement de la productivité du capital, les libéraux ont préconisé et obtenu la mondialisation de la production et de la finance par la dérégulation et cela a eu pour conséquence un partage des richesses en faveur du capital et au détriment du travail. Mais pas sans provoquer de nouvelles fractures.

Développer la production dans les pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil et d’autres conduit à l’émergence de nouvelles puissances qui modifient l’ordre mondial instauré par les anciennes puissances. Mais aussi à l’émergence d’une classe moyenne dans ces pays. Comment soutenir la consommation malgré la désindustrialisation dans les pays riches ? la création de bulles financières, le recours à l’endettement public mais surtout privé a permis de stimuler artificiellement la consommation, mais en quelque sorte à l’image du système imaginé par Bernard Madoff.

La crise que nous vivons montre la limite de ce déséquilibre en ce qui concerne nos pays, et l’Europe, au coeur de la tempête, est condamnée à aller de l’avant ou à disparaître. Ce qui provoquerait un formidable recul social. Et la nécessaire coordination des politiques économiques qui doit s’imposer ne saurait se borner à imposer l’austérité et le recul social généralisé, ce qui serait une autre façon de faire exploser l’espace économique européen.

Touchons du doigt une réalité.

Ce n’est pas parce que le monde qui a provoqué la plus grande crise de l’après-guerre est injuste que les remèdes actuels à la crise vont produire naturellement un monde plus juste. Et si la question de la dette publique est une question de société, pourquoi est-elle devenue une question de marché ?

La construction d’un nouveau monde se pense avant que l’ancien ne soit détruit. C’est avant que la France soit libérée que les bases de la société nouvelle s’étaient élaborées au sein du Conseil National de la Résistance. C’est faute d’avoir fait émerger une issue progressiste et anti-totalitaire à la crise de 1974 que le libéralisme est devenu, pour 3 décennies, " pensée unique ".

Voilà pourquoi, si la FGTE approuve la plupart des conclusions du rapport " Oser le changement ", en particulier par la rupture avec la conception institutionnelle du syndicalisme, par la volonté d’agir avec d’autres syndicats ou d’autres acteurs associatifs, par la volonté de promouvoir l’autonomie par rapport au politique, nous pensons aussi qu’il faut aller plus loin, dans l’élaboration avec d’autres, d’une pensée syndicale autonome, comme dans la promotion d’une démocratie plus participative à tous les échelons de la CFDT.

Il est légitime que les sections interrogent les adhérents, consultent les travailleurs pour les prises de décision qui les engagent. C’est tout aussi légitime que la consultation la plus large s’organise pour les prises de décision confédérales.

Nous approuvons que la CFDT marque ses choix et ses actes par sa capacité à dire oui ou non, mais nous pensons aussi que nous devrions approfondir une réflexion globale, et non seulement dossier par dossier, pressés par l’actualité. Ne donnons pas l’impression de prendre position sur la gestion de dispositifs mais clamons plus fort nos prises de position par rapport aux principes fondateurs de la société que nous voulons.

Il y a un lien évident, entre le dossier des retraites, celui de la sécurité sociale, celui de l’UNEDIC, celui de l’emploi, de l’industrie, du développement durable.

Au-delà des effets de mode, le développement durable est devenu " notre terrain de jeu ". Il nous engage vers un mode plus juste, plus solidaire :

➛ Pour une meilleure répartition des richesses entre le capital et le travail,

➛ le développement de la citoyenneté contre le consumérisme,

➛ la coopération contre la concurrence,

➛ le maintien d’un cadre collectif par la solidarité et les réseaux face à l’individualisme,

➛ la mixité sociale face aux ghettos,

➛ la laïcité face au communautarisme …

Face à l’injustice et à l’accroissement des inégalités, les salariés ne sont pas en reste quand ils occupent leur entreprise ou séquestrent leur patron. Nous ne sommes pas adeptes du grand soir, nous sommes des réformistes qui voulons concrétiser nos projets dans la société telle qu’elle est. Mais nous ne devons pas laisser à d’autres, partis politiques, religions, financiers, ou autres le soin de réfléchir à la société que nous voulons. Nous revendiquons une pensée autonome.

Les rapports de force se construisent aussi avec d’autres acteurs comme les ONG environnementales ou les associations. La confrontation de notre pensée avec la leur est bénéfique pour le syndicalisme et même si notre légitimité n’est pas à remettre en cause, nous devons aller vers plus de coopération, plus d’analyse commune comme nous l’avons fait lors des grenelles. La gouvernance à cinq nous ouvre le champ de nouveaux rapports de force. Saisissons cette opportunité pour avancer durablement vers le monde que nous voulons.

Les retraites sont d’abord en danger :

➛ par la désindustrialisation,

➛ par la diminution de la rémunération du travail par rapport à celle du capital,

➛ par l’allongement de la durée de vie par ailleurs très inégales suivant qu’on a été confronté à un travail pénible ou pas, à un environnement d’un bon niveau médical ou pas.

La volonté idéologique de refuser d’agir sur le volet financement vise à favoriser la capitalisation, c'est à dire au renforcement des capacités spéculatives du marché. Le recul programmé de l’âge minimum de départ en retraite est applaudi par le Medef, c’est son programme, et c’est un signe pour les agences de notation. Faut-il pour autant maintenir le statu quo ?

Non, mais on ne peut pas considérer le dossier retraite comme isolé du reste. Le débat sur les retraites n’est pas un débat technique. Il s’agit bien d’un triple débat sur le partage des richesses, le temps de travail et les aspirations au bien être.

La cohésion sociale d’une nation se joue aussi avec ses services publics, sa fiscalité, garants de l’égalité de traitement, de la solidarité. Ces valeurs sont les nôtres à la CFDT, la FGTE les revendique, comme elle revendique de même pour les faire vivre, le débat et l’analyse critique.

La FGTE progresse en nombres d’adhérents. Sa structuration, laissant une large place aux identités professionnelles, n’y est pas étrangère. Mais comme dans toute organisation, les débats doivent toujours être menés dans les structures concernées.

François, tu as appelé hier de tes vœux une CFDT combattive. Sache que la FGTE sera à tes côtés.

 
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