Retraite
Financement des Retraites : un choix politique !
L a question des retraites revient aujourd’hui en force: alors que 2010 devait être une simple d’étape et traiter uniquement des questions liées à la réforme de 2003 et restées en attente de réponse, Sarkozy a décidé de faire de 2010 un rendez vous majeur.
C’est un changement d’objectif, avec à la clé des décisions lourdes de conséquences pour les salariés. Le 22 juin 2009, devant les parlementaires, Sarkozy a clairement indiqué que l’âge de départ à la retraite sera mis sur la table. Mais d’autres sujets sont également sur la table. A la demande du parlement, le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) prépare un rapport qu’il remettra avant le 1er février proposant un réforme systémique des retraites.
En équilibre jusqu’en 2006, l’assurance vieillesse accuse un déficit de 7,1 milliards d’euros en 2009, en creusement rapide. Les déficits sont plus lourds que prévus ; l’augmentation massive du nombre de chômeurs et la baisse des salaires ayant considérablement diminué les recettes de l’assurance vieillesse. La réforme Balladur de 1993 et celle de Fillon en 2003 étaient pourtant censées sauver nos régimes de retraite. L’allongement de la durée de cotisation pour une pension à taux plein devait équilibrer le système, mais les déséquilibres persistent, il faut dire que l’emploi des seniors n’est toujours pas réglé et, avec la crise, le plein emploi ne cesse de s’éloigner.
De plus, du fait du papy boom et surtout de l’allongement de la durée de la vie, le ratio démographique se dégrade, il devrait passer de 32 % en 2005 à 55 % en 2050. Dans ce contexte, la nécessité d’une réforme peut s’entendre. Mais quelle réforme ? Plusieurs débats sont sous-jacents.
• Répartition ou capitalisation ? L’effondrement de fonds de pension qui menace le système britannique devrait interroger les libéraux qui ne rêvent que de ce type de financement. En France, l’épargne à long terme, investie en vue de la retraite dans des produits financiers, s’est en partie volatilisée du fait de l’effondrement boursier. Elle n’en continue pas moins d’être largement subventionnée par l’Etat au moyen d’avantages fiscaux.
• Faut-il aller vers un système encore plus contributif et moins redistributif ? La retraite dans un système contributif dépend plus étroitement des cotisations versées et donne peut être une visibilité plus importante mais les inégalités dans les revenus du travail sont reproduites et les éléments de redistributions vers les salariés aux carrières incomplètes ou aux faibles revenus sont gommés. Un système redistributif tient compte des différences d’espérance de vie et évite d’étendre la pauvreté.
• Sur quels paramètres jouer pour atteindre l’équilibre ? Soit on retarde le moment du départ à la retraite en fixant un âge au-delà de 60 ans ou en allongeant la durée de cotisation pour une retraite à taux plein (ce qui, dans un contexte de chômage de masse, conduit à un revenu de remplacement plus faible), soit on diminue le niveau des retraites servies, soit on augmente la part des richesses consacrées aux retraites via les cotisations ou autres financements nouveaux. Lorsque le nombre de retraités augmente, est il vraiment scandaleux de leur consacrer une part de richesse plus importante ? Aucun économiste n’a jamais démontré qu’il existe un seuil de viabilité des dépenses sociales. Tout cela est, en fait, une question de choix politique.
Et puis, comme le propose Francis Kessler (maitre de conférences à l’université de Paris 1) ne faut-il pas se demander " si la protection sociale ainsi transformé rend encore compte de l’idée d’une communauté, dont les membres se reconnaissent suffisamment de liens pour accepter de supporter ensemble le risque qui pourrait toucher l’un d’entre eux ? "
Ce n° d’actualités tente d’apporter quelques éclairages sur les débats qui ne manqueront pas de se poser.
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